03 mai 2010

Bad joke

fantomeSa volubilité et son allant confiant la lançaient dans des tirades, que son excellente maîtrise du français n'empêchait pas de dériver, et naissaient alors à mon muet ravissement, des petits miracles d'expression: par des menus escamotages de syllabes, des mots inappropriés ou étrangement placés, par son accent onctueux, estompant quelques consonnes rugueuses. Je ne me lassais du sortilège. Des petits riens, des sentences empreintes d'une poésie involontaire, suaves et poignantes, m'entrant au cœur comme en du beurre.

Mais à quoi bon? Les mots semblent impuissants à traduire le charme inexprimable que j'y trouve, et voudrai-je reproduire les tournures magiques qu'elles ne toucheraient pas, sans le son, les yeux, la moue. Et je m'empêtrerais dans les explications inutiles, comme qui s'englue dans une blague difficile, bredouillant et agitant les mains face à son bourreau, de marbre.

"Et maintenant...", - s'épanouit, les yeux pétillent, "Dis-moi des choses!".
Je lui en dis. Mais pas ma pensée: qu'elle venait de parler comme en un Ellroy, où le flic ripou pourtant aguerri se brûlait les ailes pour les mots d'une femme à nulle autre pareille. Hors sujet.

Posté par orteilpied à 23:48 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Bad joke

    La confusion est un gage de sincérité...L'orteil verni a probablement aimé

    Posté par Garrice, 04 mai 2010 à 07:04 | | Répondre
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