07 juin 2010

La beauté facile et c'est heureux

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Dans une introduction à des poèmes de Paul Eluard,  je me souviens que le préfacier relevait la fréquente occurrence, jugée caractéristique, de l'adjectif "facile" dans les vers d'Eluard, poète de l'amour, poète de la phrase fluide d'évidence. Je n'ai pas d'exemple en tête, hors ce : "J'ai la beauté facile et c'est heureux".

Cela m'est revenu, dans la réflexion de ces derniers jours - car même ébloui, j'ausculte, je dissèque, j'analyse, essayant de mieux comprendre la saveur inconnue de sa compagnie. J'en arrive à ceci: que le véritable don, celui qui subjugue, celui qui attache, c'est ça, c'est celui-là: le don de la facilité. Pas dans le sens, dégradant, péjoratif et souvent misogyne, d'une Marie-couche-toi-là au cœur d'artichaut. Mais ce don magique, de rendre tout facile, évident, naturel autour de soi. Les obstacles se lèvent, la muraille était de sable, les barrières s'enjambent finalement - eh, t'as vu, sans même toucher! Les dogues, langue pendante, frétillent à vos pieds; les portes qu'on a jamais poussées s'ouvrent d'elles-même à deux battants; les étrangers l'un à l'autre plaisantent sans rougir. Car voilà: sous sa volonté souriante, l'impossible se réalise soudain, comme on vole en rêve; l'incommensurable, l'irréductible, la taboue, l'infinie distance de lèvres à lèvres, n'est plus. Et je comprends alors, dans une fulgurance, que je n'ai jamais rien su.

Posté par orteilpied à 13:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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